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Vivatech fête ses 10 ans

EXPLORE le Mag Sciences 12h39

VivaTech referme ses portes. Dix ans déjà. Dix ans officiellement, du moins. Comme le chante Souchon, on peut toujours “faire semblant d’avoir dix ans”, mais le numérique, lui, n’est pas né avec VivaTech. Je fais partie de ceux qui restent orphelins de Futur en Seine, ce salon visionnaire que la Région Île-de-France avait su porter avant que la hype ne change d’adresse. À la place, on a VivaTech : plus grand, plus bruyant, plus sponsorisé, plus instagrammable. Bref, plus 2026. Pour souffler ses dix bougies, VivaTech a vu grand : un salon dense sur 3 étages, des rencontres riches, des intervenants brillants, des innovations clinquantes et des robots à gogo.

Le Dieu des Pixels sait qu’en dix ans, la Small Planet du numérique a tourné plus vite que la Terre.
Il y a dix ans, Trump dominait l’actualité. Dix ans plus tard, Trump plane encore, cette fois depuis Versailles,
comme une ombre portée sur le salon. Ses excentricités ont au moins eu un mérite : rappeler à l’Europe
(Allemagne invitée d’honneur) qu’il est temps de reprendre son autonomie numérique. Le Canada, lui, est
venu en force, clairement désireux de resserrer les liens technologiques avec ses cousins du vieux
continent. L’Inde aussi, avec un stand impressionnant, vers qui la France lorgne ouvertement pour les
développements futurs de Mistral.

Éric Leguay, directeur d'EXPLORE le Mag, pose devant l'entrée de VivaTech.

VivaTech, késako ?

VivaTech est un salon international, couvrant la planète entière (hors Russie) Les stands africains, eux,
débordaient d’énergie, de créativité et d’envie. Il y a dix ans, on n’avait d’yeux que pour les États-Unis.
L’annonce d’une venue d’Elon Musk suffisait à déclencher une hystérie collective. Aujourd’hui, le vent a
tourné. Jeff Bezos est bien passé faire un coucou, mais son discours brumeux sur « l’employabilité » a été
largement éclipsé par la présence massive des acteurs chinois. Même si SHEIN quittait le BHV la même
semaine, c’est bel et bien la Chine qui donne désormais le Tempo du commerce électronique.

Des évolutions technologiques en chassent d'autres

Côté Meta, une frise chronologique avait mystérieusement effacé toute mention du METAVERS. Comme si
l’épisode n’avait jamais existé. Leur grande “innovation” : des lunettes connectées pour voyeurs qui rappellent furieusement les Google Glass, quinze ans plus tard. Comme si un de mes étudiants rendait son devoir en espérant que je ne me souvienne pas de la version de 2014. La vraie surprise venait d’IBM, marque qu’on croyait presque éteinte, exhibant une étude d’ordinateur quantique tout en cuivre, un rêve pour tout amateur de Steampunk. En dix ans, tant de concepts révolutionnaires ont disparu des radars : le METAVERS, les NFT, la blockchain, le big data. Enterrées aussi les lunettes immersives Oculus Rift et la VR omniprésente en 2016. Aujourd’hui, les revoir fait presque sourire. Disparus également : les objets connectés, les drones Parrot, et notre regretté lapin Karotz.

Des robots à foison

À la place : des robots danseurs, incapables de servir un verre d’eau mais parfaits pour imiter Michael Jackson. Les robots, eux, étaient les vraies stars : ils dansent, ils clignotent, ils trébuchent, ils font peur — un mélange de Brazil et de foire futuriste. Cette année, l’IA était partout et nulle part. Invisible, mais omniprésente. Chaque stand jurait s’en servir, souvent sans trop savoir pourquoi, mais avec la certitude que cela allait devenir un nouveau Business. Ce qui n’a pas changé en dix ans, c’est la créativité du numérique pour inventer des noms improbables : Claude n’est définitivement plus un prénom, et Nano Banana n’est pas un spinoff des Minions.

Alors, elle n’est pas belle, cette dixième édition ? Toujours aussi énergivore, toujours pas éthique, mais diablement futuriste. Dans dix ans, on se souviendra encore de cette édition et on rira peutêtre de ce que nous pensions être “Le Futur”.

Retour en images de VivaTech 2026

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