Le FJT Kennedy à Poitiers est en cours de démolition depuis le 17 février 2025. L'équipe de Premys, filiale du groupe Colas, est à l'œuvre. Les travaux doivent durer une semaine. Les passants se regroupent aux abords pour immortaliser l'instant. Déjà cinquante ans que la tour surplombait le quartier des Couronneries à Poitiers (86).
En près de cinquante ans, la tour du FJT Kennedy en aura vu passer des résidentes et des résidents. En stage pour les uns, en rupture familiale pour les autres ou encore à la recherche d'une première autonomie. Les années sont passées. La réhabilitation du quartier a permis l'émergence d'une nouvelle résidence. Moins grande, elle offre cependant des logements plus confortables. En cette mi-février 2025, l'emblématique tour du FJT Kenney est en cours de démolition. Les équipes de Premys, une filiale du groupe Colas, sont à pied d'œuvre. Antonio est aux commandes de sa pelle de 180 tonnes. Elle est équipée d'un bras de 46 mètres, muni d'une pince à qui aucun matériau ne résiste. Les badauds se sont rapprochés sur le bord de la route. Certains immortalisent l'instant, d'autres sont un peu nostalgiques de voir que cinquante ans d'histoire sont rasés en quelques jours. Samuel Bonneau, directeur de Poitiers Jeunes Habitat, et Dragan, un ancien résident, se souviennent.
Le déroulé des travaux
Marjorie Mathieu est cheffe de chantier chez Premys depuis deux ans. Avec son équipe, elle s'active à démolir la tour emblématique du FJT Kennedy, dans le quartier des Couronneries à Poitiers. Avant de procéder à la démolition, les équipes de Premys ont fait du curage à l'intérieur du bâtiment. « Il faut que la pièce soit nue, soit rien au sol, rien contre les murs et rien au plafond. Une opération de désamiantage d'une durée de neuf à dix mois a aussi eu lieu. L'amiante recouvrait en effet à près de 80 % du bâtiment. C'est ce qui explique aujourd'hui que tout est poncé, tout est gris. »

Pour débuter le chantier, « le technicien commence à croquer en haut, par l'angle tout à droite. Ensuite, il descend les étages au fur et à mesure. » Un mécanicien présent sur place est prêt à intervenir en cas de panne. Il effectue régulièrement les différents graissage pour maintenir la machine en bon état. Les travaux ont ainsi débuté à 13 heures le lundi 17 février 2025. Ils devront durer à peu près sept jours. Pour ce qui est des fênetres, une association les a récupérées pour les recycler. Quant aux gravas - environs 5000 tonnes - , leur recyclage se fera à Civaux (86). Des camions feront des rotations.
La pelle de 180 tonnes
« La pelle de 180 tonnes arrive en pièces détachées sur cinq porte-engins. Avec une grue, les techniciens placent les chenilles de 4,5 mètres de large. Vient ensuite le corps de la machine, le grand bras et ensuite le contre-poids. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'on rajoute la pince », commente la cheffe de chantier. « En configuration maximum, le grand bras fait 55 mètres mais là, nous n'avons pas mis l'extension. Il doit faire environs 45 mètres ici, parce que le bâtiment ne faisait que 40 mètres. »

Un détail au niveau de la pince a attiré l'œil de certains curieux. « Il s'agit d'un brumisateur pour éviter qu'il y ait un nuage de poussière dégagée par la destruction des éléments ». Pour le seconder, Manuel, un autre conducteur d'engins, pilote une pelle de 40 tonnes. Celle-ci sert à dégager les gravas. Elle terminera ensuite la destruction des derniers étages qui resteront debout.
Les impressions du directeur et d'un ancien résident du FJT Kennedy
« En près de cinquante ans, c'est pas moins de quarante mille jeunes actifs de 18 à 30 ans qui vivaient là leur première expérience de logement. Avant le bâtiment était assez vétuste. Il ne correspondait plus à l'habitat jeune. C'est assez impressionnant de le voir détruit aujourd'hui, d'abord techniquement avec cette machine qui est vraiment impressionnante. On voit les espaces qui sont mis à nu, les espaces intimes comme une salle de bain. », déclare Samuel Bonneau, directeur de Poitiers Jeunes Habitat. « On se souvient de tout ce qui s'est passé ici : les moments de joie, des jeunes qu'on a accueilis, des moments sympas, des engueulades aussi. C'est une page qui se tourne et c'est assez impressionnant. »

Pour Dragan, ancien résident, il se souvient des conditions assez particulières, pour ne pas dire insalubres du FJT Kennedy dans ses dernières années. » Le jeune homme se rappelle également les moments de convivialité dans les cuisines au premier étage. Il souligne cependant que pour une personne habitant au dernier étage, il fallait descendre au premier pour cuisiner puis remonter ensuite.

À partir de 2017, dans le cadre du renouvellement urbain, une résidence plus petite est sortie de terre. Surnommée Barangaï K2, elle comprend une centaine de logements plus confortables. Dragan y habite désormais et apprécie le confort. Il y a une cuisine, une salle de bain et la wifi.
Le principe des Foyers Jeunes Travailleurs
« Nous ne sommes pas dans l'hébergement d'urgence », rappelle Simon Bonneau. « Nous sommes sur des gens qui arrivent sur Poitiers ou qui prennent un premier emploi et qui ne connaissent pas la ville. Le FJT répond à cette volonté de facilité de se loger. » Ainsi les logements sont meublés et les charges sont comprises. « Ce qui fait la particularité d'un FJT, c'est qu'il y a une facilité d'entrée et de sortie. » L'objectif est de permettre aux jeunes de devenir autonomes. Des animateurs et des accompagnateurs sociaux sont là pour les aider, si besoin. La durée de séjours est de deux à trois ans. Samuel Bonneau précise bien que le FJT n'est pas une résidence étudiante. La priorité est donc donnée à des jeunes actifs, des personnes qui ont des contrats, des alternances, des apprentissages.
Couronneries TV, un média de quartier
« Le FJT a un rôle de lien social pour permettre à des jeunes de se rencontrer, de mener des projets. C'est le cas de Couronneries TV. Elle fait des petites scènes sur ce qui se passe dans le quartier. » Depuis quelques mois, les animateurs travaillent ainsi avec la maison de quartier, le CAC, sur la création de la C.TV, une chaîne Youtube. « Les jeunes chroniquent la vie du quartier. Ils font leur actu. » L'idée est de mettre en valeur le quartier. Tout à commencé à partir d'une vidéo réalisée pour le départ du FJT Kennedy. « Suite à cela, il y a eu l'envie de travailler sur un média. Nous allons à la rencontre des professionnels, des associations, etc. » Au niveau des habitants, ils découvrent à travers les micro-trottoirs. Il n'est pas exclus que les habitants puissent participer ça et là car le Barangaï K2 est ouvert sur le quartier.
Le FJT Kennedy va laisser la place à un bâtiment qui accueillera :
- le Centre d'Animation des Couronneries,
- une antenne du Conservatoire de Grand Poitiers,
- une salle de spectacle (Carré Bleu),
- un restaurant associatif d'insertion (L'Eveil).
Une fois la démolition terminée, les techniciens procéderont au démontage de la pelle grand bras.