Pour répondre à un besoin des étudiants en pharmacie, Guylène Page et Jérôme Guillard ont mis en place un nouveau master 2. Intitulé « Sciences du Médicament et des Produits de Santé », les étudiantes et les étudiants feront leur rentrée à Poitiers en septembre 2025. Interview avec Guylène Page, Professeure des universités dans la discipline Biologie cellulaire et Applications biothérapeutiques à la faculté de pharmacie de Poitiers.
Guylène Page et Jérôme Guillard ouvrent un nouveau master 2 à l'UFR Santé de Poitiers pour la rentrée 2025. Intitulé « Sciences du Médicament et des Produits de Santé », il réunit quatre parcours. Il permettra ainsi aux étudiantes et aux étudiants inscrits notamment dans la filière recherche de poursuivre leurs études à Poitiers (86).

À l'origine, un besoin identifié auprès des étudiants
« L'idée d'ouvrir un master 2 est venue après plusieurs échanges avec les étudiantes et les étudiants. En septembre 2019, j'ai ouvert un parcours recherche. Cependant, une fois arrivés en 6e année, aucun master ne leur est proposé », explique Guylène Page. Avec son collègue Jérôme Guillard, ils ont alors voulu ouvrir des parcours biologie et chimie. Le montage a nécessité deux années pour réunir les enseignantes et les enseignants intéressés par le master. Il fallait trouver des coordonnatrices et des coordonnateurs dynamiques pour mettre en place le programme.
Les différentes étapes du montage de la formation
« Pour commencer, nous sommes allés voir le Professeur Denis Sarrouilhe, directeur de la composante pharmacie. Ensuite nous avons rencontré Noëlle Duport, vice-présidente de la commission de la formation et vie étudiante. De leurs côtés, mes collègues travaillaient à l'organisation des cours. » Guylène Page et Jérôme Guillard ont aussi dû faire un calcul du coût de la formation. « Pour cette nouvelle formation, nous nous sommes placés comme des chefs d'entreprise cherchant non seulement à réduire le coût mais aussi à décrocher des financements comme en recherche. » Vient alors la rédaction d'un dossier d'accréditation qui part ensuite au ministère début septembre 2024. Depuis fin 2024 l'équipe a reçu un avis favorable.
Les 4 parcours du master 2 Sciences du Médicament et des Produits de Santé
Pour l'heure, le master se décline en quatre parcours :
- biotechnologie et biothérapie, animé par Guylène Page et Laure Favot-Laforge,
- chimie médicinale, animé par Jérôme Guillard et Cécile Marivingt-Mounir,
- microbiologie médicale, animé par Frédéric Téwès et Julien Bouick, qui porte sur la microbiologie médicale sous l'angle pharmaceutique, notamment les antibiotiques,
- essais cliniques des médicaments et produits de santé (ECMPS) animé par Stéphanie Ragot, actuellement dans la mention ingénierie de la santé, rejoindra ce master en septembre 2027.
Une particularité : des unités communes
« Une année de master 2, c'est 60 ECTS : 30 au premier semestre et 30 au second semestre (consacré au stage). » Pour réduire les coûts mais aussi dans un souci de transversalité, le premier semestre comprend onze ECTS communs, répartis dans des unités d'enseignement (UE) de gestion d'équipe et ressources humaines, d'anglais et de préparation de mini-séminaires. Pour cette dernière unité, elle aura lieu en décembre et chaque demi-journée portera sur un des parcours de ce master. « Nous allons les mettre dans la peau d'un organisateur de symposium. Ils devront trouver un spécialiste dans le domaine qui fera une conférence inaugurale de chaque parcours. De leur côté, les étudiantes et les étudiants devront travailler sur un sujet et faire des conférences orales. » Pour ce qui est de l'anglais, ils passeront le TOEIC et ils apprendront aussi à rédiger des articles scientifiques.
Un master 2 Sciences du Médicament et des Produits de Santé ouvert à différents profils
« Nous ouvrons le master 2 à des étudiantes et à des étudiants qui ont fait pharmacie. Les étudiantes et les étudiants en médecine ont aussi la possibilité de s'inscrire. » En échangeant avec des collègues à Limoges, Guylène Page a identifié un besoin dans la filière vétérinaire. « Ça peut être très intéressant qu'ils suivent le master 2. Les parcours biothérapie ou microbiologie s'adaptent en effet à tout ce qui est traitement des animaux. » Guylène Page ajoute que le master 2 Sciences du Médicament et des Produits de Santé s'ouvre aux scientifiques, notamment à celles et à ceux inscrits dans le domaine de la biologie et de la chimie. « Ces étudiantes et ces étudiants-là peuvent se retrouver dans des départements recherche et développement de l'industrie pharmaceutique. » Le fait d'avoir des étudiantes et des étudiants venant de différents horizons permettra aussi d'enrichir le master 2.
La sélection des candidates et des candidats
« Dans le dossier nous attendons que les étudiantes et les étudiants aient une formation en relation avec le parcours choisi. » Pour sa part, Guylène Page va particulièrement regarder si les candidates et les candidats ont fait des stages de découverte durant leurs études. Elle cherchera à savoir s'ils ont construit un projet professionnel à travers des formations complémentaires. Bien évidemment les notes ne seront pas en reste, tout comme la lettre de motivation qui devra être argumentée. Pour ce qui est de l'entretien, il sera d'une durée de dix minutes. La moitié sera consacrée à la présentation du parcours universitaire et la seconde moitié à la raison du choix. « Nous porterons une attention particulière au fait que les étudiantes et les étudiants ont déjà entammé des recherches pour leur stage de fin d'études, même si nous n'exigeons pas qu'ils aient déjà signé leur convention de stage. »
Le terrain en priorité pour réduire les coûts
« Une formation pédagogique a un coût, comme les salles, l'électricité, le chauffage, le salaire des enseignants », précise Guylène Page. « Ainsi, nous avons essayé d'avoir un programme où les étudiantes et les étudiants vont s'investir dans leur formation. Nous allons ainsi passer par des projets tutorés et nous les emmènerons sur le terrain pour visiter le domaine industriel, la recherche, etc. » Cette modalité d'enseignement permettra de donner plus de connexions aux étudiantes et aux étudiants avec le monde professionnel mais aussi pour limiter le nombre de cours théoriques, afin de réduire les coûts de fonctionnement. « Eux aussi nous apporteront des connaissances par les différents projets qu'ils auront à faire. »
Les éventuels débouchés du master 2 Sciences du Médicament et Produits de Santé
« Si les étudiantes et les étudiants s'arrêtent au niveau du master 2, ils deviennent Ingénieurs d'études voire ingénieurs de recherche suivant les recrutements. Ils peuvent alors travailler dans des start-up en biothérapie, par exemple, ou dans des départements recherche et développement. S'ils font une thèse, ils peuvent aller vers d'autres métiers, type enseignant-chercheur ou des métiers de chercheurs et répondre ainsi au concours de l'Inserm, du CNRS ou de l'INRAE. »
Un volet réglementation
« En suivant ce master, certains étudiants pourront se diriger vers les affaires réglementaires concernant les biomédicaments, c’est-à-dire produits à partir du vivant car il y a une forte demande de ces compétences dans le domaine industriel. Cela se traduit par la gestion des demandes d'autorisation de mise sur le marché (AMM) ou encore la mise en place de la production de médicaments, notamment au niveau du respect des bonnes pratiques de fabrication. « Les affaires réglementaires traitent toutes les étapes du cycle de vie d’un médicament ou produit de santé de sa conception à son autorisation de mise sur le marché et également tout son suivi une fois sur le marché. »
La recherche en soins primaires laissée de côté
Pour terminer, Guylène Page évoque un seul regret : « J'aurais aimé rajouter dans ce master 2 un parcours sur la recherche en soins primaires. » L'officine acquiert de nombreuses missions comme la vaccination, entre autres. Aujourd'hui il est demandé plus d'implication aux pharmaciennes et aux pharmaciens dans les traitements des patientes et des patients. Leur participation dans des centres pluridisciplinaires de santé est de plus en plus recherchée également. « Offrir aux étudiantes et aux étudiants qui choisissent l'officine la possibilité d'aller vers ce type de métier-là passera forcément par un master. Il faut créer ce parcours recherche en soins primaires ou valorisation de la recherche officinale. Actuellement, il n'y en a qu'un en France et il est à Angers », avoue-t-elle. Elle regrette d'ailleurs qu'une de ses étudiantes soit obligée de partir à Angers pour se spécialiser en recheche en soins primaires. « Il est dommage que l'université de Poitiers perde une étudiante pour cette raison », conclut Guylène Page.
L'ouverture de la plateforme e.candidat pour le master 2 Sciences du Médicament et des Produits de Santé est fixée au 28 avril jusqu'au 28 mai 2025. Plus d'informations sur la page du master.