Le 3114, le numéro national de prévention du suicide

Le mercredi 10 septembre est la journée internationale de prévention du suicide. Entretien avec Bill McKellar, psychologue et coordinateur territorial sur le 3114 Poitou-Charentes-Limousin au Centre Hospitalier Henri Laborit de Poitiers.

« Créé à Lille, le 3114 existe depuis octobre 2021. Le dispositif est encore jeune mais il a bien évolué depuis sa création avec une montée en compétences des professionnels de tout genre sur le centre mais aussi une montée en effectifs. Il y a de plus en plus de répondants qui peuvent gérer les appels. Lille gère aussi le dispositif VigilanS, qui est un système de recontact des personnes ayant déjà fait une tentative de suicide durant les six mois critiques. Et si nous sommes là aujourd'hui, à Poitiers, sur un village associatif, festif, convivial et collaboratif, c'est parce que le 10 septembre était la journée mondiale de prévention du suicide. Nous nous saisissons chaque année de cette journée pour faire de la communication autour de ce qui existe dans le cadre de la prévention du suicide. »

3114
Bill McKellar est le psychologue et coordinateur territorial sur le 3114 Poitou-Charentes-Limousin.

Rompre le tabou

« Le suicide reste un sujet tabou, même si depuis quelques années, nous voyons une amélioration au niveau de la communication autour de la santé mentale, autour de la dépression et autour de la prévention du suicide également. Malgré tout, il y a encore du travail à faire car ça reste un sujet très tabou. Les personnes n'osent pas en parler pour des raisons sociétales, familiales ou encore personnelles. L'idée pour nous est de montrer que l'on peut briser ce tabou. Nous pouvons lever la parole autour de la prévention du suicide et permettre aux personnes qui ont besoin d'en parler de justement pouvoir le faire. »

Le fonctionnement du 3114

« Sur le 3114 une personne peut appeler si elle-même est en détresse, si elle est en souffrance psychique ou si elle a des idées suicidaires. Elle est alors mise en lien avec un professionnel de santé répondant, psychologue ou infirmier. Il est important que la personne puisse avoir cet espace d'écoute dans un premier temps. Souvent, la première question qu'un répondant va poser à une personne qui appelle, c'est : " Dites-moi qu'est-ce qui se passe ? ". Il faut creuser la situation pour comprendre la personne telle qu'elle est au moment où elle nous appelle. Le quotidien, les loisirs, le travail, l'entourage familial, le sommeil, l'alimentation sont tout un ensemble de thématiques qu'il faut connaître. La personne peut alors évoquer ce qui est source de souffrance au quotidien pour elle. Je dis souvent que nous n'avons pas les oreilles fragiles et que nous pouvons tout entendre. Nous posons donc la question directement. Et pour ça, il faut mettre les pieds dans le plat. Si la personne répond par la négative, nous allons l'accompagner sur une structure qui va pouvoir l'aider à mieux vivre son quotidien. Si en revanche la personne a des idées suicidaires au moment où elle appelle, nous devons évaluer l'intensité de cette crise suicidaire, le niveau d'urgence de la situation et les ressources à disposition, les facteurs de risques et les facteurs de protection également, à savoir les ressources mobilisables dans l'entourage de la personne pour qu'elle puisse aller mieux. Ensuite, nous orientons la personne vers une structure au niveau local. »

Apporter une réponse localement

« Le 3114 de Poitiers répond sur les ex-régions Poitou-Charentes et Limousin. Le périmètre est vaste mais avec le temps, nous avons acquis une solide connaissance des structures qui sont sur ce territoire-là. L'idée pour nous est donc d'avoir un accompagnement au plus près du domicile, du lieu de vie de l'appelant. Nous nous efforçons de proposer des solutions, des soutiens, un lien avec un médecin traitant, un lien avec un infirmier en centre médico-psychologique, avec un psychologue et pas que sur du sanitaire. Nous orientons aussi vers des travailleurs sociaux, des éducateurs, des infirmiers scolaires, vers des associations, vraiment tout ce qui peut être aidant pour la personne au moment où elle nous appelle. »

Établir un lien par un système de rappel

« En fonction de la situation il peut nous arriver de rappeler la personne. S'il s'agit de personne qui ont plus ou moins une situation inquiétante nous pouvons être amenés à les rappeler le lendemain ou le surlendemain. Cela permet de réévaluer la situation, voir si les contacts ont été pris avec les professionnels qui ont été donnés comme orientation. L'idée est de pouvoir garder ce lien avec une personne qui n'en a peut-être pas autour d'elle. Souvent des personnes vont aussi nous rappeler d'elles-mêmes. »

Une prise en compte de chaque appel

« Il faut savoir que nous n'avons pas de limite de temps pour un appel. Nous nous basons davantage sur le qualitatif plutôt que le quantitatif. Nous traitons beaucoup d'appels chaque jour mais ce qui est vraiment primordial pour nous, c'est de prendre le temps avec chaque appelant. Nous pourrions répondre à chaque personne avec un appel de cinq minutes mais ce ne serait pas aidant pour les personnes. L'idée pour nous, c'est de vraiment prendre le temps qu'il faut. S'il y a des appels qui vont durer cinq minutes, parce que c'est suffisant pour donner une orientation à un proche ou à un professionnel, par exemple, en revanche, d'autres appels peuvent durer jusqu'à une heure, voire plus. Nous restons en ligne le temps qu'il faut pour soulager l'appelant et l'orienter vers les ressources adéquates. »

La formation des professionnels

« Il n'y a pas de procédure type, en revanche chaque répondant a reçu une formation pour lui permettre d'évaluer la crise suicidaire. Il n'y a pas de grille de lecture car chaque personne est vraiment singulière. Il est également important de souligner que les psychologues et les infirmiers du 3114 sont à temps plein. Comme je l'ai évoqué précédemment, nous n'avons pas les oreilles fragiles et donc nous sommes habitués aux situations de détresse. Un psychiatre est présent dans chaque centre du 3114. Ici, à Poitiers, en journée, c'est le Docteur Jean-Jacques Chavagnat. La nuit, pour tous les centres, il y a un médecin de garde au niveau national. »

Tous concernés

« Peu importe son âge, on peut joindre le 3114 à tout moment, c'est-à-dire 24/24h et 7/7jr dans toute la France. Il y a des centres qui répondent le jour et d'autres qui répondent la nuit. Il est important de préciser que les appels ne sont pas anonymes dans le sens où nous demandons aux personnes qui nous contactent de nous donner leur identité pour plusieurs raisons. Lors d'une crise suicidaire aiguë, connaître l'identité de la personne qui nous appelle favorise une meilleure prise en charge et une orientation rapide vers les ressources adaptées. Savoir qui est la personne et où elle se trouve permet d'identifier plus facilement les ressources et les structures autour d'elle. Le répondant du 3114 garde une trace écrite de l'échange qui sera utile en cas d'un nouvel appel. Tout concourt donc à soulager l'appelant et à avoir une prise en charge efficace. »

Les Ulysses, un projet régional

« Si le 3114 et le dispositif VigilanS sont portés par Lille, il existe d'autres projets en région. Ici, à Poitiers nous avons porté le projet Les Ulysses. Celui-ci se base sur les témoignages de personnes qui sont passés par une crise suicidaire et qui sont donc filmées à visage découvert. Elles témoignent de leurs expérience, de leur vécu et expliquent comment leur vie est meilleure aujourd'hui avec l'aide de ressources internes et externes pour aller mieux. Le suicide n'est donc pas une fatalité. Grâce aux Ulysses les personnes en détresse peuvent s'identifier à des personnes qui sont déjà passées par là. Mais il ne s'agit pas uniquement de vidéos, ce sont aussi des planches de bandes dessinées basées sur L'Odyssée d'Homère. Comme le héros mythologique, les personnes en crise suicidaire traversent également bien des épreuves avant d'aller mieux. »

Plus d'informations : https://3114.fr et https://lesulysses.fr

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Frédéric Mineur
Journaliste
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