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Jean-Christophe Bajoux, un agriculteur à l’ancienne

EXPLORE le Mag Portrait 14h30

Jean-Christophe Bajoux est l’un de ces rares agriculteurs à revenir au vrai travail de la terre d’antan, loin des grosses machines, des engrais et des pesticides. Ici le sol n’est pas qu’un support pour monocultures à perte de vue comme on peut en voir aux alentours de Chauvigny, sa commune de résidence. Dans son hectare et demi, il travaille la terre avec sa jument Améthyste et « quand vous êtes passionné, ça marche ». Est-ce à dire qu’un agriculteur en conventionnelle n’est pas heureux ? Il serait difficile de le croire au vu des différentes crises agricoles qui se sont succédées récemment… « Tout dépend de là où on place la barre », sous-entendez par là que Jean-Christophe Bajoux ne souhaite pas être un gros exploitant agricole victime d’un système qu’il ne contrôle plus et qui viendra peut-être gonfler les tristes statistiques... Pour rappel, un agriculteur se suicide tous les deux jours. Alors, vous êtes prêt à retourner au travail de la terre ? On parie que non mais au moins vous aurez vu qu’une agriculture différente et plus respectueuse de la terre est possible. Bien loin des clichés et des moqueries qu'elle peut susciter, une agriculture plus respectueuse de l'environnement sera la réponse.

« Avec un cheval, il y a un moindre tassement du sol par rapport à un tracteur. Le cheval permet une production de matière organique. Il est aussi reproductible. D'un point de vue agronomique, ça permet de réduire les espacements. Moi, j'ai un hectare et demi de légumes donc je n'ai pas d'intérêt à avoir un tracteur. » Mais ne vous trompez pas, Jean-Christophe Bajoux, maraîcher installé à Chauvigny (86), ne dit pas que l'agriculture conventionnelle n'est pas bonne. Ce n'est simplement pas le type d'agriculture qu'il a choisie. Certains le trouveront tout droit sorti de l'ancien temps, comme un décor de carte postale, d'autres le prendront peut-être au sérieux et verront qu'il peut y avoir une autre agriculture possible. À l'heure où certains pesticides sont réintroduits à coup de passages en force, il est temps de savoir dans quel monde nous voulons vivre. Nous sommes allé le voir, à vous de faire votre avis.

La préparation du sol avec l'hippo maraîcher

Pour travailler la terre, Jean-Christophe Bajoux utilise un hippo maraîcher, un outil moderne conçu pour travailler en maraîchage en traction animale conçu par l'association Trait Vienne. « C'est un support sur lequel on va assembler différents outils, là en l'occurence, un vibroculteur. L'hippo maraîcher se veut ergonomique et facile d'utilisation. Les dents rentrent à peu près entre dix et quinze centimètres. On travaille en surface et on ne retourne pas le sol à la différence du labour. Il faut savoir qu'un sol est constitué en différentes couches, qu'on appelle des horizons. Chaque couche a son milieu, ses bactéries et son micro-organisme. Ainsi, quand on retourne le sol, on ramène les micros organismes du bas en haut mais les micro-organismes du bas n'ont rien à faire en haut, en fait. L'avantage de cet outil est d'être plus doux au niveau du sol et de ne pas mélanger les horizons. » Le maraîcher ameublit le sol, étend du fumier, passe la herse et fait des buttes. Il plante enfin le poireau sur la butte de manière à avoir une surface de terre importante qui favorisera le développement racinaire.

Habituer le cheval à travailler

« Il faut un certain temps d'éducation. Opale, la petite, régulièrement, je l'attache avec sa mère, Améthyste, quand je travaille. Ainsi, elle s'habitue au bruit de l'outil. C'est important. Au début, on ne lui met pas l'outil tout de suite. Le cheval, dans sa tête, c'est toujours une proie. Avoir quelque chose qui la colle de près, pour elle, c'est un danger. Et le premier réflexe du cheval, quand il y a danger, c'est de courir devant. Il faut donc lui apprendre petit à petit que ce qu'il y a derrière, ce n'est pas grave. » La pratique quotidienne est de mise au départ. Ainsi, chaque jour Jean-Christophe Bajoux entraîne sa plus jeune jument un quart d'heure à vingt minute par jour. « Il ne s'agit pas de la laisser dans le pré et quand on en a besoin on va la chercher. Le tracteur, quand vous en avez besoin, vous le prenez, quand vous n'en avez plus besoin, vous le rangez mais pas elle. »

Redécouvrir l'agriculture d'autrefois

« Nous sommes plusieurs à travailler de cette manière. J'ai un collègue qui travaille avec des ânes à Archigny (86), une collègue qui s'est installée en traction animale cette année à Romagne (86). Là il y a six mille poireaux qui arrivent. Il n'y a pas besoin de tracteur. Il n'y a pas d'intérêt à travailler avec un tracteur. Et puis le cheval, ça mange de l'herbe et là, il y a en a partout. » Jean-Christophe Bajoux promeut son mode d'agriculture lorsqu'il vend ses légumes. Il organise même des visites. « Certains sont curieux de voir ça. C'est tout cet imaginaire de l'agriculture avec un cheval de trait qui les fascine. » Le maraîcher reconnaît que ce mode d'agriculture fonctionne bien sur des petits systèmes. « Si vous avez cinq cent hectares de céréales, ça ne va pas le faire. C'est un autre système, une autre façon de produire. » Mais ce dont il est le plus fier, c'est que ça marche et que surtout, « il n'y a pas de chimie ».

Le fumier, un meilleur intrant...

« Au niveau des intrants, ce n'est que du fumier. Je ramasse le crotin tous les jours. Je fais un tas et puis le fumier est sorti de l'écurie une fois par mois. Je le laisse ensuite composter pendant un an pour arrêter la fermentation. J'achète également du fumier de bovins car deux chevaux ne suffisent pas pour un hectare et demi de jardin. J'ajoute également un peu de paille. Tout retourne au sol. Le fait d'apporter du fumier, ça nourrit les micro-organismes du sol. Les vers de terre mélangent l'argile à la matière organique. Ça va noircir le sol au bout de certaines années donc ça le réchauffe plus vite en sortie d'hiver. Les plantes résistent mieux à la sécheresse. »

à la différence de l'engrais chimique

« L'engrais chimique va tout de suite être valorisé par la plante contrairement au fumier qui nourrit le sol et les micro-organismes. Ce sont les déchets des micros organismes qui nourrissent la plante. Souvent, quand vous utilisez de l'engrais chimique, le problème, c'est que vous ne pouvez pas arrêter, parce que cet engrais aura détruit, en quelque sorte, la vie du sol. On ne peut plus arrêter de mettre de l'engrais chimique, en fait. Si vous arrêtez, vous n'avez plus de rendement. »

Nous avons passé une matinée auprès de Jean-Christophe Bajoux et de sa jument Améthyste.

Si vous êtes intéressés par une agriculture autrement et plus respectueuse de l'environnement, vous pouvez vous plonger dans le roman graphique de Céline Gandner : Paysans, le champ des possibles.

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