Dans le rouge est un documentaire de Marine Giraud. La journaliste et réalisatrice nantaise a choisi de parler du burn-out à travers le parcours d'une chercheuse. À travers ce court-métrage, elle a essayé de montrer les mécanisme insidieux de la maladie.
Marine Giraud est l'une des réalisatrices sélectionnées par Le Vlipp pour le Festival Fil Rouge au cinéma Le Concorde à Nantes (44). À l'issue de la soirée de projection, la journaliste et réalisatrice nantaise, qui a choisi pour sujet le burn-out, a reçu le prix de la meilleure réalisation. « Je suis très honorée de recevoir ce prix. Vu la qualité des autres films, je n'y croyais pas un instant. »

Marine Giraud choisi le burn-out comme sujet
« J'ai réalisé ce court-métrage documentaire dans le cadre de la seconde édition du concours "Et pourtant elles tournent" organisé par Arte. Le thème de cette édition était "Jour de paye", en d'autres termes, le travail. J'ai tout de suite pensé au sujet du burn-out car je connaissais dans mon entourage des personnes qui traversaient cette épreuve et j'ai moi-même failli en vivre un. Je voulais donc recueillir le témoignage d'une personne pour comprendre comment on peut exercer un métier qui nous épanouit un temps, qui peut être celui qu'on a choisi jeune, et qui petit à petit engendre de la souffrance et du mal-être. Comment expliquer ce basculement ? Comment montrer cet effet d'entraînement et de tunnel ? Je voulais essayer de faire ressentir toutes ces émotions en jouant avec les images, les sons les cadres. »
Le choix de la personne
« À la suite d'un appel à témoignages sur les réseaux sociaux, une personne s'est présentée à moi. Je n'ai pas eu à la convaincre. C'est bien plus tard d'ailleurs qu'elle m'a avoir y avoir réfléchi et qu'elle s'était sentie prête à en parler. Je crois qu'elle ressentait aussi une nécessité de partager son expérience et de montrer que c'est un phénomène qui est répandu. » Marine Giraud explique également qu'elle n'a pas eu d'a priori dans le sens où la personne qui a témoigné est une femme blanche, chercheuse dans une grande école et qu'on pense "privilégiée". « J'avoue ne pas avoir réfléchi à cette dimension car c'est aussi la seule personne qui a accepté de témoigner dans un délai de recherches très court. J'avais effectivement un mois à peu près. »
Deux points intéressants
« Il y a deux points intéressants qui m'ont particulièrement intéressée dans le profil de la personne. D'abord, elle exerce un métier qu'elle n'a pas choisi par défaut. Elle l'a choisi après une reconversion donc c'est une activité professionnelle qui l'épanouit en temps normal. Je voulais vraiment montrer que même un métier passionnant peut créer cette spirale infernale vers le burn-out. D'ailleurs ce sont souvent les personnes très investies qui sont concernées. Ensuite, contrairement à de nombreuses personnes qui choisissent de partir ou de se réorienter, Véronique a retrouvé son poste et un équilibre qui lui permet de s'épanouir. À travers son parcours, un burn-out n'est pas une fatalité et ne pousse pas forcément à tout abandonner. »
Le tournage en conditions naturelles
« Avec Xavier, le chef opérateur, nous n'avions qu'une journée et demie de tournage. Nous sommes donc allées chez elle le matin avant qu'elle ne parte, puis nous l'avons suivie dans sa voiture, et nous sommes revenues le soir. Nous avons recueilli son témoignage lors d'un entretien le lendemain matin. Je savais déjà ce qu'elle allait nous dire puisque nous nous étions longtemps entretenues par téléphone. En ce qui concerne les séquences dans son milieu professionnel, rien n'a été mis en scène. Nous n'avions d'ailleurs pas le temps et je voulais vraiment que nous filmions son quotidien. »
L'intention de la réalisatrice Marine Giraud
« Nous avons filmé Véronique un jour où elle ne donnait aucun cours. Elle assistait à un congrès de chercheurs, ce qui veut dire qu'il ne se passe pas grand-chose. C'était donc à nous de jouer avec la captation d'images et de son. Je savais que je voulais créer une mise en tension progressive dans le montage. Je voulais que les spectateurs et spectatrices sentent la pression monter et se resserrer comme un étau sur Véronique. Nous avons donc cherché à filmer de plus en plus proche, puis à créer des cadres désaxés et à capter des bruits avec lesquels nous pourrions jouer ensuite. J'indiquais au chef opérateur à quel niveau de tension nous devions nous situer au fur et à mesure de la journée. »
La réception du public
« Du côté de la principale intéressée, Véronique a regardé le film chez elle et elle semble l'avoir aimé. Elle trouve que les images et le son servent le récit et que le message est délivré sans être frontal. Côté public, nous avons été sélectionnés parmi les 30 premiers courts-métrages du concours "Et pourtant elles tournent" (sur 250). Nous n'avons cependant pas passé le jury final. La soirée Fil Rouge était donc la première projection pour Dans le rouge. Je crois qu'elle a été bonne (rire). »
La sélection pour le festival Fil Rouge du Vlipp
« J'ai rencontré Gabriel et Fabiola du Vlipp à Nantes Nord alors qu'ils encadraient un projet de court-métrage sur Louisa Battoy. Gabriel m'a parlé de la soirée Fil Rouge au cinéma Le Concorde et je lui ai parlé de mon court-métrage. Je pense que Dans le rouge présentait un genre encore différent dans la soirée. C'est un court-métrage documentaire. Cela permettait d'étayer le panel des genres projetés. »
Le prix de la meilleure réalisation
« Je suis très heureuse et surtout surprise de l'avoir reçu car j'ai trouvé que les autres courts-métrages étaient de qualité et que certains auraient mérité de remporter ce prix de la meilleure réalisation. Mais je suis vraiment ravie ! C'est valorisant. Je me lance tout juste (depuis début 2025) en tant que réalisatrice de documentaires indépendante donc cela m'encourage dans cette voie. Ce sont des retours précieux quand on débute, d'autant que le jury est constitué d'acteurs de la production audiovisuelle nantaise. Je suis donc ravie que ces professionnels aient été conquis par mon premier court-métrage. »
La suite ?
« Je travaille sur différents projets de longs-métrages documentaires pour la télévision. Mais j'ai tellement aimé la liberté créative que m'a offerte la réalisation de ce court-métrage. J'aimerais beaucoup renouveler l'expérience. »
Pour rappel, Le Vlipp réalise des émissions thématiques régulièrement. Nous avions assisté à celle consacrée sur les violences sexistes et sexuelles. En juin 2024, le média associatif a fêté ses 20 ans. Nous avons participé au tournage de la vidéo récapitulative.