Le samedi 15 mars 2025, l'auteur-illustrateur Jim Bishop est venu à la librairie L'Hydragon à Niort pour une séance de dédicaces à l'occasion de la sortie de son dernier album L'enfantôme, paru chez Glénat.
Après Lettres perdues et Mon ami Pierrot, l'auteur-illustrateur Jim Bishop, vient de sortir son dernier album L'enfantôme en janvier 2025. L'album signe ainsi la fin d'un cyle sur le plan personnel. À l'occasion d'une séance de dédicaces pour la promotion de son dernier, il a pu recueillir les impressions des personnes venues à sa rencontre.
La fin d'un cyle
Jim Bishop est un auteur-illustrateur qui s'est fait connaître avec Lettres perdues et Mon ami Pierrot. En 2025, il revient avec L'enfantôme. Ce troisième album chez Glénat signe pour lui la fin d'un cycle personnel. Si dans Lettres perdues, l'auteur-illustrateur s'est inspiré de l'épreuve passée suite à la disparition de sa mère, avec Mon ami Pierrot, il a voulu raconter l'emprise amoureuse et la déception qui s'ensuit parfois. Dans le personnage de Cléa, c'est un peu de lui qu'il a mis. Pour L'enfantôme, il s'est une nouvelle fois inspiré de sa propre histoire, qui peut faire écho à de nombreuses histoires personnelles, celle d'un adolescent pas très scolaire obligé de répondre à l'injonction de la pression sociale.
Jim Bishop, un dessinateur autodidacte
« J'ai appris le dessin tout seul, mais j'ai surtout appris à tenir un carnet grâce à une personne que j'ai rencontrée. Je suis d'ailleurs très organique avec mon carnet et j'ai même plusieurs carnets. J'en ai un pour faire de l'observation, un autre pour faire de la recherche ou encore un carnet plus beau pour des dessins plus élaborés. J'ai appris beaucoup en faisant de la bande dessinée au final. » Même s'il aurait aimé à un moment, Jim Bishop n'a pas fait d'école. « Ça m'aurait peut-être permis de construire un réseau plus rapidement. Je ne nie pas le fait d'avoir forcément été formaté par mes influences et tout. Ne pas avoir suivi de formation spécifique m'a en revanche permis de me libérer davantage autant dans la manière de raconter des histoires qu'au niveau du choix des sujets que j'aborde. » Le manga lui a aussi donné envie de faire de la bande dessinée. « One Piece m'a maintenu en vie à un moment compliqué de ma vie, lorsque j'étais adolescent. Mais c'est Dragon Ball qui m'a vraiment donné envie de faire de la BD avec les combats et tout. »
Des personnages nuancés
« Dans les séances de dédicaces, tu reçois plein de retours. Lorsque tu reçois des avis négatifs, dans ces moments-là, tu perds un peu confiance en toi. Et puis lorsque tu retournes en séance de dédicaces et que les gens te disent qu'ils ont adoré, ça booste et ça équilibre la balance. Le problème, c'est qu'on retient bien plus souvent le côté négatif que le côté positif. » Jim Bishop avoue que pour L'enfantôme il a pris des « risques ». Dans la seconde partie de l'histoire, il a effectivement cassé le ton. Si certaines personnes ont adhéré, d'autres non. « Il arrive que tu prennes des partis pris qui ne vont pas dans le sens de ce qu'on attend. J'essaie néanmoins de rester logique dans mon rapport à la vie. La vie, ce n'est pas un personnage gentil qui va faire des choses gentilles ou encore un personnage méchant qui va faire des choses mal. Je fais des personnages nuancés. Qu'il s'agisse de Pierrot, de Berthier ou de Cléa dans Mon ami Pierrot, ils sont des personnages ambigüs. Et j'aime raconter des histoires avec ces nuances-là. »
L'enfantôme, une satire de la pression sociale
Pour son dernier album L'enfantôme Jim Bishop parle de pression sociale, celle qui s'exerce dès l'adolescence. Cette injonction parle à chacun de nous. Les loisirs deviennent alors moins importants dès que nous entrons au collège. Le dessin ou encore le sport, pour ne citer qu'eux, passent généralement au second plan. « Passe ton bac d'abords » est souvent la rengaine des parents. La réussite sociale passe avant tout par un bon métier, de l'argent, une belle famille, etc. Le Boutonneux et son amie Mims ne sont pas les plus doués de la classe. C'est pourquoi ils vont donc devoir travailler dur au risque de « se faire tuer par leur parent ». Le conseiller d'orientation est là pour mettre la pression et faire de leur vie un enfer. Devant leur échec, ils perdent littéralement la vie et deviennent deux fantômes. Les lecteurs et les lectrices peuvent y voir ici une métaphore de la mise au pas des personnages. Pendant que leur fantôme ou plus exactement leurs aspirations d'enfance s'envole, ils rentrent dans le moule. Ainsi, nous les retrouvons plus tard : le Boutonneux est devenu un looser qui ne trouve pas de travail, Mims est enfermée dans une vie étriquée qui ne lui correspond pas. Ce n'est qu'en se reconnectant à leur enfantôme qu'ils vont renouer avec eux-mêmes et à ce qui les fait vraiment vibrer. Difficile de ne pas y voir ici la traduction de ce que beaucoup font aujourd'hui : délaisser un métier bien payé, socialement élevé, pour mieux se reconnecter à ce qui leur correspond. Combien sont celles et ceux qui ont tout plaqué après les longues périodes de confinement, se rendant compte que leur vie n'était pas celles qu'ils avaient voulue mais plutôt celle que leurs parents leur avaient dictée.
Entretien avec Jim Bishop
Après sa séance de dédicaces, Jim Bishop est revenu sur ses trois albums. Merci à la librairie L'Hydragon et à Jim Bishop. Vous pouvez le suivre sur Instagram : @bishopjimm.
Après ce cycle, comme il le définit, Jim Bishop souhaite faire quelque chose de différent. Même s'il a déjà quelques idées en tête, il n'y a rien de défini.
Vous pouvez écouter l'interview sur Soundcloud.